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22 mai 2012

Estival

Lundi des Patrireinlar. Bus de B.S., hautes températures, quartier entier qui s'habille chez Hart, diphtongaison : je vois une fille un peu plus jeune que moi monter à bord avec une copine. Les cheveux sont gras et mal coiffés, les vêtements sont à la mode de 2002 version pas cher. La face tordue annonce déjà un langage coloré mais pas dans le genre plaisant, et là ça s'exprime, cette affaire-là :

''Asti qu'y fait chaud, manne... Câliss que j'haïs ça les clavicules!''


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23 novembre 2011

Le remplaçant

Y'a toujours des gens qu'on remarque plus que d'autres dans les transports en commun.

Lui, il avait UN LOOK. Un look qui me plaît là, un genre de mélange d'hipster/bohème/rockeur/bouille sympathique/belle gueule. Le genre de look qui me faisait me demander pour de kess qu'il était dans un bus qui file vers la banlieue à midi.

Pour de kess qu'il débarque au même arrêt que moi.

Pour de kess qu'il... ah, il s'en va à la polyvalente. Un prof peut-être? Ou alors il pique par la cour pour se rendre dans le quartier en arrière? Va savoir.

Quelques heures plus tard, je retourne prendre l'autobus à l'heure où les ados-plus-grands-que-moi se battent pour entrer en premier dans l'engin et je le respotte. Et nous entrons. Et il prend place à côté de moi dans le banc à deux.

Val: 1, Neufchâtel: 0.

À ce moment-là, j'me dis que c'est clairement un remplaçant qui a fait une suppléance à Neufchâtel un mardi après-midi. J'ajoute pour moi-même que je suis la meilleure détective au monde. Il est débarqué quelque part au centre-ville, alors va savoir si c'est parce qu'il habite St-Roch ou si c'est parce qu'il a une vie le mardi soir.

Je manque d'informations, j'aurais dû le suivre. Stalkeuse-née.

Bin le lendemain, il est encore dans le même bus! À 8 heures, l'aurore (... l'horreur pour moi). J'extrapole qu'il est peut-être en stage à Neufchâtel, ou encore que c'est un enseignant régulier (mais quel autre bozo irait se taper autant de bus pour un travail régulier (j'veux dire à part moi)?), MAIS j'ai tort. Il débarque dans Du Berger, avec une gang de morveux qui sortent tous au même arrêt. Ça sent la poly.

On s'entend que c'est clairement un remplaçant. Neufchâtel mardi après-midi. Du Berger mercredi matin.

J'connais tellement son horaire que j'pourrais préparer sa paie à la commission scolaire.

Je suis la meilleure détective au monde.

...

Même si j'ai pas été foutue d'engager la conversation pour tenter de le connaître un peu.

...

Mauviette.


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27 octobre 2011

Casse-Noisette (et le Roi des rats)

Aujourd'hui, dans l'autobus, j'ai vu le sosie de Pantalon.

Même moustache blanche, même air un peu désorienté.



J'étais attendrie, j'ai eu envie de le recrinquer un peu, mais finalement je n'ai rien fait, et le vieillard a gardé son air perdu/nostalgique pendant que je culpabilisais, tristounette, en pensant à la solitude de nos aînés.

Je me demande à quoi ressemble son automne, son temps des fêtes... sa vie.

Peut-être qu'il se lève la nuit pour se battre contre le Roi des rats.


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22 octobre 2011

Le réveil

Il n'avait pas étudié pour son examen de 8 heures, il s'est couché saoul à 3 h du matin sans réussir à ramener sa date pour la nuit, son réveil n'a jamais sonné, il s'est réveillé à 7 h 21 alors que la bus passe à et 29, sa coloc était dans la douche (et elle chantait du Céline) quand il a voulu s'y glisser rapido pour décrasser l'odeur de fond de Pabst, il a eu un haut-le-coeur et il ne lui restait plus de beurre de pinotte pour manger vite fait.

Il n'avait pas étudié pour son examen de 8 heures.


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13 octobre 2011

Le complot

De plus en plus, je pense que le RTC a une unité spéciale qui s'emploie à m'écœurer du système de bus pour me convaincre d'acheter une voiture.

Une autre fin de journée d'une autre semaine il y a petite lurette, je suis sortie du travail#2 dans le parc technologique un peu d'avance (genre 10 minutes) pour attendre un bus qui n'est jamais passé. Faisait frette. Bin, moins froid qu'aujourd'hui, mais j'étais encore habillée en été faque j'avais frette. Faut dire aussi que mon arrêt est le premier du parcours, le seul de ce côté de l'autoroute, et que je crois qu'il se fait facilement oublier par les chauffeurs moins familiers avec le trajet. Surtout qu'il y a un peu de construction dans le coin, un beau bordel.

Bref, j'étais quelque peu mécontente.

Mais bon, POGNÉE LÀ ANYWAY, je m'arme de patience et je me dis qu'au moins, une autre ligne passe dans le coin. J'attends donc 15 minutes de plus (que les 20 minutes initiales pour bus#1) pour pogner bus#2 : ça y est, le voilà à l'horizon. Je m'avance un peu avec ma carte bien prête à faire toudoup, toute contente de pouvoir enfin y entrer.

Y passe tout droit.

Ma bouche fait un ''eeuuhhéé?!'' alors que je cours un peu après la chose. Le bus s'arrête quelques mètres plus loin. J'entre avec la face qui sait en esti ce que je pense et le chauffeur :

''Oh, pardon! Je voyais mal, je pensais que vous étiez un cône!''

Un cône??! Sérieusement, ça ne peut pas ne pas être un coup monté.


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9 octobre 2011

Un buzz de NyQuil

Je suis malade.

En général, être malade, c'est pas super plaisant, mais je dois avouer ici que j'ai un petit plaisir coupable de malade : j'aime ça buzzer sur le NyQuil.

Vous avez bien lu.

Peut-être que je suis vraiment petite nature, mais quand j'avale mes shooters de NyQuil avant de me coucher pis que ça kick in, j'ai vraiment un ptit buzz le fun et mes pensées se mettent à divaguer un brin juste avant de tomber endormie-morte bin raide. Et quand je me réveille 7-8 heures plus tard, j'ai l'impression que les 7 dernières heures n'ont pas existé, comme si j'avais un méga blackout de soirée trop arrosée, vraiment un feeling étrange.

Qui me plaît.

Et hier soir, NyQuillée, j'ai imaginé que ça serait cool si... Attendez, j'explique avant.

Chez moi, ou dans ma gang, ou bref je sais pas à quel point c'est répandu, quand on passe sur une lumière presque rouge en voiture, on frappe le plafond de quelques petits coups. Et depuis quelques années, sûrement à cause de mon amie la Champeau, je frappe en disant ''plein de bon sexe!'' comme si être wild au point de passer sur une presque-rouge pouvait te donner des cadeaux de vie. En toute logique.

Donc hier soir, NyQuillée, j'ai imaginé que ça serait cool si un bus passait sur une presque rouge et que tous les passagers donnaient 3 coups dans les airs en disant à l'unisson ''plein de bon sexe!''.

...

J'ai le droit de trouver ça cool, je suis malade!

Et là je m'en vais advilrhume&sinusser ma journée.


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24 septembre 2011

La confesse

Bon, je suis trop excitée pour ne pas en parler ici, alors je vais devoir commencer par vous faire un aveu : je vous ai menti.

Je vous ai menti ici lorsque j'ai raconté que j'avais vu les pingouins prendre l'autobus au même arrêt que moi (de mon nouvel appart post-déménagement).

C'était pas vrai, c'est pas arrivé.

M'esscuze...

Par contre, tout à l'heure, je revenais chez moi dans cet épique bus 801 et là, là pour vrai, je les ai vus rentrer. Elle avait les cheveux lousses, alors je ne l'ai pas reconnue avant de le voir lui, et d'allumer qu'ils s'assoyaient ensemble, et qu'ils se minou-minou-aient, et que c'était eux. Et bref, cette fois, j'ai porté attention et...

Oui.

Oui pour vrai.

Ils sont débarqués au même arrêt que moi. Les pingouins habitent près de chez moi POUR VRAI. Et ils forment encore un couple!

Made my day.

Et je sais que pour vous, c'est sûrement pas excitant pantoute comme événement (surtout que je vous ai menti, mais bon, pour être franche, je vous mens tout le temps : c'est ça, un blog d'autofiction), mais moi de me dire que j'ai pensé ''hein, ça serait cool qu'ils habitent près de chez moi'', d'en avoir fait une histoire fictive, et de découvrir maintenant que j'avais dit vrai... C'est trop beau.

Peace out.


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28 août 2011

Cinq dollars

J'me disais que c'était vraiment une journée de cul pis que j'étais tannée de faire 4 heures de char en amigo express avec les pieds mouillés jusqu'aux os. Sans compter l'autobus bondé avec un gars qui pue la smoke assis juste à côté de moi. Ah pis mon parapluie qui rend évidemment l'âme quand j'ai besoin de lui, sale emo suicidaire. Je veux tellement un char.

Mais bon, je me pointe au Subway qui est entre l'arrêt de bus et mon appart (donc... îlot de sécheresse au travers de l'orage) et là je vois le clerk-cute-avec-qui-j'ai-déconné-l'autre-soir-avec-la-gang-de-ministérieux-pompettes, seul, qui se tape un rush avec une face découragée. L'électricité part (évidemment), ce qui fucke son ordi (évidemment) et qui le fait faire mille téléphones (sa boss a l'air trop conne) pendant qu'il s'excuse de ne pas pouvoir nous servir (on compatit) en me glissant au passage qu'il est pas supposé faire la soirée seul (les aléas des petits boulots) et qu'il est lendemain de veille (ça arrive aux meilleurs d'entre nous).

À ce moment-là, j'avoue que je me suis dit que je n'étais pas tant à plaindre avec mes bottes mouillées et mon corps transi. Y m'a préparé un foul de bon sandwich en plus.

Heille attends... Y'est peut-être sur Facebook, le gars cute du Subway. Me semble qu'y nous a dit son nom l'autre fois quand on était la gang de ministérieux pompettes... Oui, je me souviens. Un prénom relativement rare : tiens, y'en a deux avec qui j'ai un ami commun. Tiens, le deuxième indique dans ses infos qu'il travaille au Subway et a la même face que le clerk cute.

Je suis un génie du stalk.

Ajouter comme ami.


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14 août 2011

Y'a pas plus vrai

Au-dessus du banc où j'attends mon transfert d'autobus tous les matins, il y a un panneau publicitaire.

Bench
Plus vrai

bench.ca

Merci de nommer les choses pour moi.


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1 août 2011

Arrêt 1243

Depuis la fin de mon contrat au ministère et mon déménagement, je n'avais plus repris cet autobus à cette heure. Un matin, aventureuse et dubitative de l'efficacité réelle de Trajecto, j'ai voulu reprendre ce parcours qui m'est si familier.

Elle marche dans la rue, marche marche marche marche (va vite à l'école!).

À l'arrêt, la mâchoire me décroche et un spasme d'excitation secoue ma jambe gauche : les pingouins!!!!

LES PINGOUINS, MANNE!

Non seulement forment-ils encore un couple, mais en plus je sais maintenant qu'ils habitent près de chez moi.

Wow.

Évidemment, été oblige, ils avaient troqué leurs cache-oreilles pour des crocs. Marine. Les mêmes crocs, le même regard de guimauve, les mêmes tatas.

Ça m'a rassurée.

Même si j'avais tort pour Trajecto et que je me suis rallongée pour rien.


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31 mars 2011

La 739

Ce midi, j'étais chez Fratelli à me commander le meilleur sandwich du monde.

J'ai jamais été une fille de chiffres bin bin, j'ai pas de mémoire pour ça. Ma coloc connait les numéros de téléphone de ses amis par cœur, tous, alors que je peine encore à me rappeler le nôtre (après 10 mois de cohabitation). Mais aujourd'hui, à la caisse du Fratelli...

Serveuse Sympa - Sept trente-neuf, s'il te plaît!

739! Mon numéro d'autobus quand j'étais au primaire! En deux secondes, j'ai revu l'école Brassard, le mur de briques rouges devant lequel on faisait la file pour l'autobus, la boîte-à-lunch-cooler à mes pieds, les modules en plastique avec des glissades qui donnent des chocs électriques pis des tunnels dans lesquels des ados ont écrit ''Nirvana'', le chauffeur d'autobus, Jean, et cette rumeur qui disait qu'il avait fait de la prison, la trouille que ça nous fichait quand il s'arrêtait ensuite sur le bord du chemin pour chicaner les tannants, le dance qui jouait à CIMO 106.1 pendant Y'a de ces matins, les vitamines Flinstones qu'on volait ma sœur et moi en se gardant après l'école, le Petit Coureur, voisin d'en face qui courait tous les matins pour aller prendre la même bus que nous alors qu'on partait 5 minutes plus tard en marchant (et sans la rater), la course entre ma sœur et moi à la sortie de l'autobus pour défoncer en premier les mottons de neige-glace-sable qui font un gros ''toc''.

La 739.


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17 mars 2011

Les oiseaux du printemps

Les pingouins!

Mine de rien, ils entrent dans l'autobus en fin d'après-midi; elle transporte le sac de la SAQ. C'est bondé, alors ils s'accrochent au même poteau. Elle perd l'équilibre, mais il la rattrape en riant et lui pose un bisou sur le front. Laurie et Laurent s'aiment autant à 16 heures qu'à 8 heures.

Je suis béate.

J'ai eu envie de leur parler et de leur dire qu'ils m'impressionnent, que je les jalouse presque, que j'ai écrit un billet sur eux dans mon blog, que j'ai ajouté une image du logo de Linux, que sept personnes ont aimé sur Facebook, que j'ai fait semblant qu'ils avaient presque le même nom. J'ai failli leur demander leur vrai nom, juste pour le savoir, leur dire le mien, les questionner sur les circonstances de leur rencontre (c'était-tu sur WoW?), leur demander ça fait combien de temps, leur demander s'ils sourient toujours autant ou si j'ai pogné les cinq seules fois de leur existence où ils se sentaient joyeux.

J'aurais dû leur dire que juste à se tenir là, sur le même poteau d'autobus, ils me donnent espoir en l'amour, ils me réconcilient avec le concept du couple.


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20 février 2011

Un peu de sens

Hier soir, assez tard, tu t'es mise en pyja, a placé tes oreillers, fermé ton ordi, t'es étirée pour prendre un roman puis pour fermer la lumière. T'as tiré les couvertures par-dessus tes genoux, ouvert ton livre et réalisé à ce moment-là seulement que tu ne pouvais pas lire avec la lumière fermée dans une pièce noire comme un four. Tu as rallumé la lumière en te disant que tu étais pas mal déconnectée de la vie. Mais t'as quand même lu.

Ce matin, assez tôt, tu t'es levée, tu as pris ta douche et fait tes trucs, puis tu as sauté dans l'autobus pour te rendre à cet examen pour un emploi relativement intéressant. À ton arrivée à l'université, devant la porte fermée du local d'examen, tu as repris la feuille avec les informations et réalisé que l'examen avait eu lieu 7 jours plus tôt. Tu as eu un peu le réflexe de te pincer, au cas où.

Tu as rebroussé chemin, tu n'étais pas tout à fait arrivée à l'arrêt quand l'autobus est passé, alors tu l'as raté. Les gens autour de toi avaient un regard un peu zombie, tu aurais pu être dans un mauvais film d'horreur, ce qui t'a donné envie de voir un ami, un besoin d'amitié soudain, pour redonner un peu de sens à tout ça, et là l'autobus écrit ''Gare du palais'' est arrivé, pis tu t'es dit que c'était un signe, et donc tu as réveillé ton ami en buzzant chez lui à 9 heures du matin juste parce que tu t'étais trompée de journée pis que tu cherchais un peu de sens pis que le premier autobus qui est passé s'en allait pile chez lui.


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15 février 2011

Tasse-toé

Peut-être que j'étais juste un peu bougon ce matin-là, mais je pense que je me fais la voix de plusieurs utilisateurs des autobus si je dis que ça gosse.

Fille, tasse-toé! Je vais t'expliquer comment ça fonctionne : tu vas voir, c'est tout simple. D'abord, y'a un trilliard de places assises. C'est ce que tu vises en premier. Maintenant, si une personne âgée, enceinte, handicapée ou juste qui-a-une-face-de-personne-qui-mériterait-plus-que-toi-d'être-assise se pointe, tu tasses tes fesses pour lui céder ton siège.

Ça c'est mon et-de-un.

Et de deux, si tu n'as pas le choix d'être debout, tu respectes la tite pancarte qui te dit super clairement d'aller vers le fond pour que d'autres personnes puissent entrer. C'est vraiment hyper nono. Oui, ça implique de devoir monter les 2 marches de la VRAIE section du fond, de temps en temps. Alors ne sois pas cet imbécile qui bloque juste avant les marches et qui cause un bouchon dans tout le reste de l'autobus juste à cause qu'il est gêné. Ne sois pas.

De trois, ton sac à dos plus gros que toi, tu le mets entre tes jambes. Parce que si tu le gardes sur ton dos, t'auras beau frencher avec le poteau sur lequel tu te tiens, tu n'en prendras pas moins toute la largeur de l'allée. Tasse-le, bordel.

Pis de quatre, l'espace devant les portes, il sert aux gens qui pensent sortir au prochain arrêt. Ça, c'est vraiment important. Je sais que ça a l'air vraiment cool de se tenir devant la porte pis de la faire ouvrir sans faire exprès à tous les arrêts... Ah pis non, tu vois, c'est même pas cool. Alors pourquoi te mettre dans le chemin de tous ceux qui veulent sortir, pourquoi? Et si jamais tu le fais sans t'en rendre compte, pourquoi ne pas réaliser, après 3-4 arrêts où tu te fais bousculer par ces gens qui veulent sortir, que tes fesses, tu peux les tasser ailleurs?

Tasse-toé, grosse conne!

Mais peut-être que j'étais juste un peu bougon, ce matin-là.


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7 février 2011

Hot Paws

Quand ils étaient petits, c'est clair qu'ils se sont fait écœurer dans la cour d'école.

- Heille, les lunettes, j'te gage que t'aimes ça, toi, manger des verres de terre!

Ils sont de ce genre.

Laurie et Laurent portent le même cache-oreilles en feutre noir. Laurent a un manteau vert forêt avec une fermeture bleu marine; Laurie a un par-dessus marine avec un foulard vert forêt. De tous les 24-30 ans de l'autobus, ils sont probablement les moins à la mode. Les dents de Laurie trahissent son orthodontiste malhabile et Laurent a un œil qui se crisse drôlement de l'autre; il attache sa tuque sous son cou et elle traîne son lunch dans un sac EB Games.

Je suis totalement jalouse de Laurie et Laurent.

Hot paws dans la hot paws, ils se chuchotent des mots doux, tous les matins, sans exception. Il la regarde comme si c'était la première fois qu'il la voyait, et elle en rougit presque encore. Ils ownent royalement l'autobus. Quatre arrêts avant qu'il débarque, quatre, il commence à lui donner des bisous d'au-revoir. Et au milieu de l'allée, avant d'appuyer doucement sur les poignées de la porte, il se retourne pour lui faire un tata.

Et pis encore, alors que le trottoir est plein de ces gens sérieux qui s'en vont gagner leur vie, Laurent court, tous les matins, pour suivre l'autobus le plus longtemps possible et saluer encore Laurie, dont les yeux déjà petits disparaissent alors totalement sous les plis du trop grand sourire.

Laurent et Laurie s'aiment comme j'ai rarement vu quelqu'un aimer.

J'ai un ami qui a une théorie sur les nerds : ils restent longtemps seuls, prennent du temps avant de s'ouvrir à l'amour, mais lorsque c'est fait, they stick. Une charmante théorie.

Bin plus j'y pense, plus j'ai l'impression d'avoir affaire à une race supérieure, quelque chose d'infiniment plus pur que moi. Laurie et Laurent sont exactement comme ces pingouins qui cherchent l'âme sœur en n'acceptant rien de moins et qui, une fois qu'ils l'ont trouvée, s'y dévouent toute leur vie. Et moi, j'envie deux beaux pingouins.

Tous les matins. Des geeks-pingouins.

Le logo de Linux prend soudainement tout son sens.


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30 janvier 2011

Les mitaines du Simons

Sont partout. L'extérieur en cuir (ou en semblant de, j'suis pas une pro), comme cousu pour avoir un style semi-pocahontas, avec l'intérieur en tout-doux qui sépare les doigts comme un gant. Vraiment chaudes, itou. Cutes, selon moi.

Les mitaines du Simons.

Les miennes sont blanches et reçues en cadeau. Dans la 801, juste pour le temps de me rendre à l'école, j'en vois quatre paires. Autres que les miennes. Deux rouges, une brune, une autre blanche. Le tout dans la section post-accordéon.

C'est comme le chandail en coton extensible avec un gros col pis un zip, ce truc aux motifs losangeux. Le chandail du Simons.

Le mien est gris avec des losanges mauve-jaune. Celui de la fille de mon cours de socio est rouge avec des losanges marine-blanc. Celui de la Champeau est noir avec des losanges mauve-cyan, mais elle est safe parce qu'à Trois-Rivières, y'a pas de Simons, alors elles sont moins à toutes porter le même linge.

Y'a aussi le manteau vert lime. Celui-là, je me trouvais vraiment originale de l'avoir parce qu'il ne vient pas du Simons, patow, dans votre face, autres filles qui magasinez à rabais! Bin non. La 801. L'arrêt juste après le mien. La fille avec le même manteau vert lime que moi. Qui s'assoit dans le banc juste à côté du mien. (...) Deux pommes vertes côte à côte dans la bus verte.

Je regarde mes mains emmitouflées avec le sentiment qu'un code à barres m'apparaîtra bientôt dans le front.


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23 janvier 2011

Walk of Shame

Le mascara qui a semi-coulé ne ment pas : quand je t'ai croisée dans la rue, j'ai tout de suite reconnu l'absence de fierté, les cheveux encore peignés comme la veille mais en plus lousse, les cernes subtils presque cachés par ton foulard remonté haut haut parce qu'on gèle.

Walk of shame.

On attendait le même autobus et je me suis demandée si c'était chez un inconnu que tu avais dormi, ou chez l'ami d'un ami, ou bref. L'histoire. Si t'avais hâte de prendre une douche. Si ça avait valu la peine. Si t'avais pensé glisser ta brosse à dents dans ta sacoche. On est embarquées au même arrêt, mais toi, alors que je débarquais à mon travail, tu attendais encore 4 arrêts, dans ce quartier résidentiel où tu retournerais chez toi.

Dormir, sûrement. Honteuse, sûrement.

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La pire nuit de ma vie, vraiment. Personne n'aime se faire texter à minuit par un ami ''jcapote viens stp jvas faire une connerie'', surtout quand l'ami s'est fait laisser par sa blonde la semaine d'avant, surtout quand l'ami a les idées noires depuis un bout pis que c'est pour ça que sa blonde l'a laissée.

C'était évident que j'me pointerais, même si j'ai un contrôle demain pour lequel j'ai pas encore étudié, même si j'suis moi-même pas mal à bout de ma vie dull qui n'est rien comparée à la tienne. Tu savais que j'me pointerais parce que tu sais qu'y s'est rien passé dans ma vie depuis toi. Je t'ai acheté des chips au dépanneur, mais tu préférais la bouteille de vodka que t'avais de scotchée à la main. T'étais plutôt confus.

J'ai pas dormi de la nuit, j'étais trop occupée à écouter ta respiration dans la pièce d'à côté, j'avais peur que tu te tues pendant que je squatte sur ton divan, j'avais peur que tu fasses une connerie même si j'étais là. J'ai sûrement des cernes jusqu'aux genoux, je pue, je sens que mes dents sont sales, comme une genre de couche de dégueux collée dessus, les dents sales d'une fille qui n'a pas parlé de la nuit parce que hey, qu'est-ce que tu veux dire à quelqu'un qui est autant à terre. Rien. J'ai fermé ma gueule pis j'suis restée à te flatter les cheveux tard tard. Vers 2 heures, tu as réalisé qui tu avais texté : ''Tu m'as-tu oublié pendant que j'sortais avec Annick? Tu m'aimes-tu encore?'' J'ai pas répondu. T'es allé te coucher en me pitchant un oreiller. Pis j'ai sneaké en dehors de ton appart dès que les bus ont recommencé.

La fille de l'arrêt me regarde croche. Je sais à quoi elle pense : j'ai déjà moi-même jugé bien des filles que je croisais le matin.

Walk of shame.

J'ai le goût de lui crier ''Ouais, j'fourre la moitié de la ville pis ça me fait sentir fucking vivante!'' juste pour être désagréable un peu. Mais j'pense juste à toi pis j'ai peur que tu me textes encore ce soir.

Texte-moi pu, stp.


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