Y'a toujours des gens qu'on remarque plus que d'autres dans les transports en commun.
Lui, il avait UN LOOK. Un look qui me plaît là, un genre de mélange d'hipster/bohème/rockeur/bouille sympathique/belle gueule. Le genre de look qui me faisait me demander pour de kess qu'il était dans un bus qui file vers la banlieue à midi.
Pour de kess qu'il débarque au même arrêt que moi.
Pour de kess qu'il... ah, il s'en va à la polyvalente. Un prof peut-être? Ou alors il pique par la cour pour se rendre dans le quartier en arrière? Va savoir.
Quelques heures plus tard, je retourne prendre l'autobus à l'heure où les ados-plus-grands-que-moi se battent pour entrer en premier dans l'engin et je le respotte. Et nous entrons. Et il prend place à côté de moi dans le banc à deux.
Val: 1, Neufchâtel: 0.
À ce moment-là, j'me dis que c'est clairement un remplaçant qui a fait une suppléance à Neufchâtel un mardi après-midi. J'ajoute pour moi-même que je suis la meilleure détective au monde. Il est débarqué quelque part au centre-ville, alors va savoir si c'est parce qu'il habite St-Roch ou si c'est parce qu'il a une vie le mardi soir.
Je manque d'informations, j'aurais dû le suivre. Stalkeuse-née.
Bin le lendemain, il est encore dans le même bus! À 8 heures, l'aurore (... l'horreur pour moi). J'extrapole qu'il est peut-être en stage à Neufchâtel, ou encore que c'est un enseignant régulier (mais quel autre bozo irait se taper autant de bus pour un travail régulier (j'veux dire à part moi)?), MAIS j'ai tort. Il débarque dans Du Berger, avec une gang de morveux qui sortent tous au même arrêt. Ça sent la poly.
On s'entend que c'est clairement un remplaçant. Neufchâtel mardi après-midi. Du Berger mercredi matin.
J'connais tellement son horaire que j'pourrais préparer sa paie à la commission scolaire.
Je suis la meilleure détective au monde.
...
Même si j'ai pas été foutue d'engager la conversation pour tenter de le connaître un peu.
...
Mauviette.
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Fantasmes éhontés d'une fille qui, dans la vraie vie, n'a pas de vie
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23 novembre 2011
Le remplaçant
16 janvier 2011
La remplaçante
En bon professionnel, il quitte le bureau, et c'est chez lui, quand même, que Julian s'enfile Christine sur la table de la cuisine. Bête de même, première surface plane en entrant.
Quel heureux hasard qu'elle porte le même parfum que Florence. Quelle joie qu'elle sache aussi se taire. Comme ça, par-derrière, dans la semi-pénombre, les cheveux blonds pourraient bien être bruns, la remplaçante pourrait bien être la bonne, et l'esprit de Julian vagabonde pendant qu'il décharge : Florence, Florence, Florence...
Dès que c'est terminé, après les kleenex et le verre d'eau, il ne peut plus la sentir. Elle veut rester un peu, aller dans la chambre, se coller encore, un film peut-être, non, as-tu un ptit creux, non. Non. Va-t'en. Mais qu'est-ce qui te prend? Va-t'en, c'est tout, pars, stp, va-t'en là, maintenant, avant que je sois méchant avec toi, pars. Quoi? Va-t'en.
Elle l'insulte en s'habillant, il ne l'entend même pas, gros con tu te prends pour qui t'es fêlé, le froid hivernal qui s'infiltre un peu, la porte qui claque beaucoup, le silence. Enfin.
Le jet de douche sur la nuque, l'eau bouillante. L'obsession vaporeuse, Florence en brume devant lui.
Et la fumette pour oublier un peu plus.
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Quel heureux hasard qu'elle porte le même parfum que Florence. Quelle joie qu'elle sache aussi se taire. Comme ça, par-derrière, dans la semi-pénombre, les cheveux blonds pourraient bien être bruns, la remplaçante pourrait bien être la bonne, et l'esprit de Julian vagabonde pendant qu'il décharge : Florence, Florence, Florence...
Dès que c'est terminé, après les kleenex et le verre d'eau, il ne peut plus la sentir. Elle veut rester un peu, aller dans la chambre, se coller encore, un film peut-être, non, as-tu un ptit creux, non. Non. Va-t'en. Mais qu'est-ce qui te prend? Va-t'en, c'est tout, pars, stp, va-t'en là, maintenant, avant que je sois méchant avec toi, pars. Quoi? Va-t'en.
Elle l'insulte en s'habillant, il ne l'entend même pas, gros con tu te prends pour qui t'es fêlé, le froid hivernal qui s'infiltre un peu, la porte qui claque beaucoup, le silence. Enfin.
Le jet de douche sur la nuque, l'eau bouillante. L'obsession vaporeuse, Florence en brume devant lui.
Et la fumette pour oublier un peu plus.
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