26 juillet 2014

La bouésson

Hier soir, j'ai bu.

Avant, ça aurait pu être mon statut facebook presque tous les jours de la semaine (bonjour maman, moi aussi je t'aime), mais là tsé j'ai enfanté faque j'ai pu vraiment de vie, genre l'essentiel de mes journées se résume à faire chauffer le biberon en chantant une berceuse (ou un slow cheap de mon adolescence) à ma fille en crise, nourrir l'enfant (qui soudainement n'a plus faim), changer l'enfant (qui soudainement me pisse dessus), changer le piqué de ma table à langer, partir du lavage, partir la machine à café, entendre bébé chigner, faire chauffer le biberon, nourrir l'enfant, changer l'enfant, changer l'autre piqué et devoir refaire du lavage, chanter I Don't Want To Miss A Thing en marchant dans l'appart, les bras raqués, boire mon café frette, avoir un break de 20 minutes.

Et quand le break de 20 minutes arrive, là je dois prendre une décision : je mange ou je me lave? Je décide de me laver.

Cinq heures plus tard, affamée, je me rends compte que c'était une mauvaise décision.

Mettre le linge dans la sécheuse.

Bref, hier j'avais une entente avec mon chum pour avoir le droit, 8 h de temps, de redevenir une jeune-adulte-ado-attardée et boire sur mon balcon en jouant de la guit avec une amie + 5@7 après : MALADE! La dernière fois où j'ai bu plus qu'une coupe de vin remontait au mois d'octobre...

Après une ou deux (trois?) bouteille de vin dans l'après-midi, je décide que ça ne saoule pas vraiment et que j'apporte le reste du vin (deux fonds de bouteilles différentes, en fait) dans une bouteille de SunnyD pour le boire dans la 801 en m'en allant en ville.

Je me sentais comme la fois dans un bar où j'ai commandé six shooters de vodka avec trois verres de jus d'orange à 1 am parce que je ne trustais pas la serveuse de nous faire des drinks qui saoulent : tu sais que t'es déjà saoule quand tu commandes des drinks doubles décomposés pour être certaine d'avoir la bonne quantité d'alcool.

Tu sais que t'es déjà saoule quand tu décides d'apporter du vin à boire dans une bouteille de SunnyD dans l'autobus.

Arrivée sur St-Jean, après avoir pris à peine une gorgée chaque de mon SunnyD spécial, on se rend compte qu'on est pompettes et donc que ça nous lève un peu le coeur, pis on jette la bouteille dans une poubelle.

Je tète une pinte de rousse en parlant toute la soirée ou presque du caca de ma progéniture et des joies de chier une brique dans le mauvais sens (lire : la poussée lors de la délivrance du poupon), mais j'ai vraiment l'impression de vivre.

Aujourd'hui, j'ai la voix rauque (MAN, CHU UNE ROCKSTAR) même si j'me suis juste couchée à 9 h, alors c'est du Éric Lapointe que je chante à ma fille (du laaaiiit, j'en veux puuuuuu, rgarde c'que chu devenue).

Plier les cache-couches et les piqués.

Hier soir, j'ai bu.


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19 juin 2014

L'attente

Elle avait comme une grande grande fatigue, des paupières de ciment, le visage aussi long que la liste de projets, mais la batterie à plat, le ventre trop rond, les jambes si lourdes, la fièvre du sommeil aux joues pis pas assez d'oreillers. De vieux refrains de Karkwa lui passaient en boucle dans la tête même si la pièce était silencieuse, le chat ne miaulait plus, c'était un peu l'hiver malgré la douceur du vent; c'était un peu le crépuscule nautique de sa vie d'antan.

Elle s'était arrêtée à mi-chemin de l'arrosage des plantes, le geste suspendu par le crochet d'un souvenir flou qui n'appartenait plus à personne.

Elle s'est demandé quand l'été allait enfin commencer.


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3 juin 2014

Entendu à la maison de naissance

***Les propos relatés ici sont ceux que mon cerveau a vaguement enregistrés pendant la soirée. Veuillez en excuser les écarts entre les vrais termes techniques et de réelles informations médicales : je ne suis qu'une prof en secrétariat et je ne remplace aucun spécialiste de la grossesse ou de la naissance. En cas de doute, consultez votre voyante.***

Quand t'es engrossée, tu participes généralement avec l'engrosseur à des cours prénataux où t'apprends plein de choses très pertinentes. En fait, comme au Tim de Daveluyville, le problème avec les cours prénataux, c'est pas les cours en tant que tels, c'est l'Humain.

Y'a eu l'Humaine.

Sage-femme dynamique :
Pendant la période de latence, on vous encourage à rester le plus longtemps possible à la maison parce que ça peut durer assez longtemps, alors si vous vous présentez tôt à la maison de naissance, ça se peut que ça s'arrête et que vous deviez retourner chez vous, ce qui en décourage parfois quelques-unes. Au fond, c'est une période où y'a tout un cocktail d'hormones qui s'installe dans votre corps, ça peut s'arrêter soudainement, c'est très instable, et c'est naturel que ça le soit. En étant chez vous, ou dans votre routine, ça vous permet de trouver le temps moins long et de commencer à apprivoiser certaines sensations ou petites douleurs. Y'a certaines femmes qui vont préférer que leur chum reste avec elles, d'autres qui vont lui dire qu'il peut aller travailler et qu'elles vont appeler au besoin : l'idée là, c'est de ne pas trop briser votre routine : reposez-vous si vous en ressentez le besoin, sortez voir des amis si vous préférez ça, empêchez vous pas de rien, ça pourrait même durer jusqu'à une semaine!

L'Humaine :
Mais là j'comprends pas... vous dites qu'y faut rester à la maison le plus longtemps possible, mais après vous dites qu'y faut sortir voir des amis???

Sincèrement, je pense qu'à ce moment-là, Adèle s'est facepalmée dans mon ventre.

Pis y'a eu l'Humain, aussi.

Sage-femme dynamique :
Vous allez voir qu'on va peut-être attendre un peu après la naissance avant de couper le cordon parce que tant qu'on sent la pulsation cardiaque dans le cordon, le bébé va encore chercher des trucs dans le placenta. Une fois que cette pulsation-là disparaît, bin là ça sert plus à rien que ce soit connecté parce que le bébé est autonome, y va pu rien retirer du placenta.

L'Humain :
Ok... (pause un peu trop longue qui en dit beaucoup sur l'état de son cerveau) ...mais pourquoi on coupe le cordon debord?

Mes yeux font seize tours, mais la sage-femme, elle, demeure dynamique et polie :
Bonne question, c'est qu'en fait, le bébé grandira quand même pas en traînant son placenta avec lui là...


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2 juin 2014

Juin (ou les bonnes résolutions qui finissent dans un cocktail, entre deux tranches de citron)

**Cet article vous est gracieusement offert par une blogueuse invitée : merci Julie!**


Depuis mars que tu te dis : l’été s’en vient, faudrait que je recommence à m’entraîner. Ça fait deux ans que tu te dis ça – si c’est pas trois. Faudrait que je recommence. Quelques fois, ben motivée, tu te mets à faire des redressements assis comme une malade en écoutant du coin de l’œil un vieil épisode de La vie, la vie – parce que c’est encore bon, même si t’es rendue plus vieille que les personnages.


Trois mois après, t’as toujours ta cellulite, ton tit bourrelet de ventre pis les genoux qui commencent à tirer vers le bas. Mais c’est pas grave parce que tu t’es souvenue juste à temps que les pantalons ¾, ça existe pour les filles fitness comme toi. Facque t’as crissé tes poids de femme – les deux-livres, roses, qui font très sérieux – dans l’fond de ta garde-robe, avec ton papier d’emballage de Noël pis les vieilles sacoches que tu gardes, au cas où, même si tu sais pertinemment qu’elles ne ressortiront jamais de là.

Pis t’es allée t’écraser le cul mou sur une terrasse, avec tes chums de filles, un cocktail orange et rose dans une main pis une clope dans l’autre. Sans aucun remords. Parce que c’est ça, la vie.


Oui.


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24 mai 2014

Entendu au Tim

Quand t'es engrossée pis proche de mettre bas, la moindre ride de char devient un défi extrême. Faire Québec/Sherbrooke d'une traite? Lol! ça existe pu : en fait, t'arrives même pu à te rendre jusqu'au Madrid 2.0 sans devoir pisser avant, alors tu découvres de nouveaux endroits.

Genre le Tim Horton proche de Daveluyville.

Détrompez-vous : le Tim en lui-même est tout ce qu'il y a de standard et très agréable de fréquentation. Le problème, comme toujours, c'est l'Humain. L'Humaine. L'Humaine se présente au comptoir avec son plus bel air de boeuf, une boîte de timbits ouverte.

Humaine - Moi là, j'ai pris 50 timbits, pis r'garde ça!

Elle montre à la pauvre tite-fille à la caisse le contenu de sa boîte. Mon chum pis moi, on tergiverse à savoir s'il manque des beignes, ou s'ils sont pourris, ou...

Pauvre tite-fille à la caisse - ...

Humaine - Bin là, y'a bin trop de sucre! J'veux pas ça moi là, donne-moi des beignes à la place, donne-moi des beignes natures.

On était tellement bouchés que j'ai presque oublié de prendre des notes.

C'est vrai que le principal problème avec une boîte de CINQUANTE timfuckingbits, c'est que y'a bin trop de sucre : ils devraient nous en avertir avant de nous la vendre.


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16 mai 2014

Championne à bord

T'avais un autocollant "Bébé à bord", mais y'avait ni bébé, ni banc de bébé dans ta voiture; y'avait juste une furie au volant qui s'énervait dans le trafic matinal.

Depuis quelques minutes, tu étais devant moi, enfin, tu étais devant moi aux 30 secondes quand tu changeais nerveusement de voie en espérant que droite irait plus vite gauche irait plus vite droite irait plus vite gauche irait plus vite. Ton flasheur était évidemment en option, de même que la patience et l'intelligence, alors tu zigzaguais sans crier gare en te trouvant plus maligne que la moyenne des ours, mais au bout du compte ça faisait quand même 15 minutes que tu étais devant moi sans que j'aie eu besoin de changer de voie pour te suivre dans ton grand prix de formule nulle.

Tu devrais peut-être changer de tactique. Just saying.

À un feu rouge, le plus important pour toi était d'être le moins longtemps possible sur les breaks, alors tu ralentissais soudainement bien loin de la voiture qui te précède pour être certaine de pouvoir avancer un petit peu, tout le temps, pendant les 120 secondes de rouge, tsé jusqu'à embarquer dans le coffre arrière du malchanceux devant toi pour pouvoir redémarrer dans son cul en soupirant ta vie. À une lumière, le gars en avant a pris deux bonnes secondes au feu vert avant de redémarrer, alors tu l'as klaxonné, non mais quel abruti aveugle sans-dessein endormi qui comprend pas le vrai monde pressé. Tes bras s'énervaient en grands gestes violents pis dans ma tête tu écoutais du Marc Dupré dans ton char de l'année rouge vin. On a fait Charlesbourg-Neufchâtel en 25 minutes, à peu près 5 de plus qu'à l'habitude, moi peinarde et toi en crise d'hystérie, pis tu t'es parquée dans le même stationnement que moi, et là j'étais vraiment trop heureuse de pouvoir te regarder avec les yeux les plus méprisants de l'univers.

Je me suis retenue à dix mains de ne pas te suggérer de changer ton autocollant pour "Championne à bord".


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10 mai 2014

Mai-nage (poussière et fausse motivation)

** Cet article a été rédigé par une blogueuse invitée : merci Marilou! **

Mai, c’est la ligne du thermomètre qui remonte tranquillement au-dessus du zéro, jamais assez vite à notre goût. C’est la supposée saison de l’amour qui commence (pourquoi on ne fête pas la Saint-Valentin en mai, alors?). C’est le temps où on se réveille et qu’on se rend compte qu’on a été trop lâche pendant la saison froide pour s’occuper de notre chez-soi encrassé.

On tombe sur la circulaire de Wal-Mart-Target-Jean-Coutu qui annonce une « méga vente » de produits ménagers et on se dit « Ouin ». On décide de simplement passer le balai ou de passer au crible chaque petit recoin.

Pour ma part, ça se limite à la garde-robe. Tsé, il faut bien faire de la place pour les nouveaux morceaux qui nous narguent depuis déjà quelques semaines dans les centres commerciaux, alors même qu’on portait encore nos manteaux North Face, nos bottes Sorel et la énième paire de mitaines achetée cet hiver (parce que tout le monde le sait bien, des mitaines, c’est juste fait pour les perdre). Mais se départir de ses vêtements, c’est plus difficile qu’on le pense.

Quand on était jeune, c’était simple. Chaque année, on éliminait ce qui était devenu trop petit. Pas besoin de se poser la question. Avant, c’était simple. Avant, c’était mieux.

Un coup adultes, à moins d’avoir négligé le sport dans les derniers mois, nos vêtements nous font toujours. Toujours. Alors, comment jeter le chandail tout motonné qui nous a suivi en Europe? Ou pourquoi se débarrasser de cette blouse? Parce qu’elle n’a pas été portée depuis trois ans? Quatre? …pis?

QUI SAIT QUAND J’AURAI BESOIN D’UNE BLOUSE FUCHSIA!

Bref, après avoir trié méticuleusement chaque morceau pendant des heures, j’ai tout remis dans le placard.

Mai, c’est le temps où on se réveille pas tant que ça.


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5 mai 2014

May Day

** Cet article a été rédigé par une blogueuse invitée : merci du fond du coeur, Véronique **


Mai s’amène et comme chaque année je l’aime. Le soleil grésille sur ma peau froide, les sons printaniers transpercent mes tympans insensibles. Mais j’attends plus de mai cette année.

Mai doit me consoler d’avril, qui m’a fait couler de la gadoue sur les joues. De mars, qui a arraché sans anesthésie mes qualités à mon CV. De janvier, qui m’a fait douter et de février, où ça s’est empiré. Quatre mois d’ordures à débarrasser.

Le ménage du printemps est commencé, l’aspirateur a fait son travail dans mon corps et m’a vidée de toute envie. Mes envies de mai évaporées.

Trente-et-un jour pour essayer de faire germer une émotion, une envie, un désir. Calmer les angoisses existentielles, redonner un sens à tout ça.

Et quand le soleil me rallumera, quand la chaleur me réveillera et quand l’air frais m’aura déviciée, mai m’aura aidée.


Et il n’y a que mai qui saura m’aider.


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9 avril 2014

Une brioche au four

Avertissement : cet article parle d'une soirée moche dans ma vie de femme enceinte. Si ça vous gosse, les femmes enceintes, ne le lisez pas. Si vous cherchez des réponses à vos maux de femme enceinte, ou si vous venez de taper "dépression grossesse" dans google et que vous pleurez en vous flattant le ventre, sachez que je n'ai absolument aucune compétence en la matière et que vous devriez arrêter de lire tous les forums où les madames enceintes disent à d'autres madames enceintes "oulaaa, t'as pensé à consulter ton toubib?". Anyway, la moitié de vos bobos vont s'évaporer si vous buvez beaucoup d'eau. Pis si vous pensez que mon quotidien se résume à ce texte et que c'est représentatif de mon humeur globale, vous êtes dans le champ : les autres journées de ma vie sont bin plus anodines et inintéressantes. Merci.


Ça fait que j'écoute "Smile" de Lagwagon sur repeat un vendredi soir seule à l'appart en flattant trop fort mon chat qui veut juste se sauver pis en pleurant ma vie.

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La journée commence pourtant bien : je me réveille et je regarde ma pédagogique, plein de temps devant moi pour m'avancer dans mes trucs, pis, en prime, j'ai un 5@7 en fin de journée avec des amis que je n'ai pas vu depuis longtemps.

Je suis excitée.

Je prends évidemment 40 minutes de plus qu'à l'habitude pour me mettre cute le matin parce que je veux don' tellement-tu impressionner mes amis avec ma face pis mes cheveux resplendissants de "aura de femme enceinte" (il faut entretenir le mythe) pis je change de linge 4 fois parce que j'suis pu tellement habituée d'avoir une vie sociale et que j'veux être belle comme mes élèves quand elles se chixent pour aller veiller.

Mon reflet dans le miroir me convainc.

Je suis surexcitée. Sûrement trop.

Je décide de me faire un latte pour aller travailler parce que fuck les restrictions alimentaires et je pars à l'école au son de "Nine in the Afternoon". Je suis dans le char, alors j'peux pas vraiment le jurer, mais j'suis convaincue qu'un soleil en carton jaune fluo me suit au-dessus de la tête tout au long de la ride. J'ai d'ailleurs sûrement l'air d'une pochette psychédélique d'album des Beatles.

Après, y'a comme vortex de sept heures qui suce toute ma joie de vivre.

À ma sortie de l'école, je m'aperçois qu'il a (encore) neigé (tabarnak). Je déblaie Suzanne en sacrant parce que j'ai toujours de la misère à me rendre sur le toit du haut de mes 5 pieds pis que c'est le moment où mon balai à neige rétractable foul top décide de rendre l'âme. Mes cheveux, qui avaient miraculeusement toffé la journée, sont mouillés pis tapés sur ma tête en même pas deux minutes. Le ventre commence à me tirer parce que je suis trop fatiguée. La neige continue à tomber pour me narguer. L'imbécile derrière moi me colle au cul même si j'arrête pas de lui foutre les breaks dans la face pour lui faire comprendre que c'est glissant pis qu'il me gosse. Je fais des fuck-you dans mes mitaines en sentant monter en moi des pulsions de mort. Ça me prend le double du temps habituel pour revenir chez moi, dont la moitié où j'essaie de retenir les larmes qui montent parce que je me rends compte que je ne peux pas boire MÊME SI LA BIÈRE SERAIT BONNE EN CRISS en majuscules. Une fois parquée devant chez moi, la connasse de neige fait couler mon mascara à peu près jusqu'à mes genoux. Je monte les quatre étages de mon bloc en cherchant mon souffle parce que mon corps pas en forme peine à faire circuler les litres de sang que j'ai en surplus. J'entre chez moi pis mon chum est trop fin pour mon état d'esprit, alors je lui pitche en pleurant qu'être à jeûn, c'est de la marde, que je dois vraiment être alcoolique, que j'aurai pu jamais de vie sociale normale pis que j'y vais pu, au fucking 5@7, mais qu'il peut y aller, lui. À ce moment précis, je me crois. Au bout de deux heures et après avoir constaté l'inefficacité de Bridget Jones et des Revellos sur mon moral, je trouve que ça fait trop longtemps qu'il boit en ayant du plaisir, alors je change d'idée pis je lui téléphone avec un ton de sos-suicide-ma-vie-est-un-enfer-à-perpétuité pour lui dire de revenir à l'appart pis que j'feele pas. Je raccroche trop vite pis trop fort. Je tourne en rond dans l'appart en pleurant pis en faisant des sons de gorge épeurants. Je cherche "dépression grossesse" sur Google pis je me mets à lire des forums de madames enceintes qui se disent entre elles "oulaaa, t'as pensé à consulter ton toubib?" en pleurant de plus belle. Chaton passe par là, alors je l'empoigne et l'oblige à se coucher sur moi pour lui imposer ma peine en le caressant avec trop d'insistance. Chaton regarde par-dessus mon coude vers la Liberté. J'ai l'humeur d'une fille de 15 ans qui a pas dansé un seul slow au dernier party alors que sa best, elle, a même frenché.

Ça fait que j'écoute "Smile" de Lagwagon sur repeat un vendredi soir seule à l'appart en flattant trop fort mon chat qui veut juste se sauver pis en pleurant ma vie.


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1 avril 2014

Avril (ou quand Chewbacca s'est tapé 10 livres de thon rouge, en mauvaise blague, pendant que Jésus cherchait des cocos de Pâques en écoutant du Ingrid St-Pierre qui écoute du Angus and Julia Stone)

** Cet article a été rédigé par une blogueuse invitée : merci, M̶a̶r̶i̶e̶-̶C̶l̶a̶u̶d̶e̶ Marie-Claire! **


Un homme m'a dit, il y a longtemps, qu'avril était le pire mois de l'année; qu’il était inutile. Moi, je ne comprenais pas trop son raisonnement, je n'étais pas vraiment en accord. Mais je l'écoutais, fascinée par ses idées, et buvais ses paroles comme une pauvre adolescente de 16 ans trop émerveillée par le vocabulaire de plus de 3 syllabes qu'il utilisait dans une si parfaite syntaxe. C'est comme s'il était tombé dans la potion magique du dictionnaire des cooccurrences quand il était petit. Faut voir ça comme on veut, mais moi, c'était assez pour me faire ovuler. Presque autant que les chansons de Louis-Jean Cormier. Parce qu'il était d'une étrange beauté, qu'il avait des yeux verts perçants et qu'il faisait bien l'amour. Le presque vrai. Celui qu'on fait avec ses mains, avec sa bouche, avec sa langue, avec tout son corps. Tsé, pas juste y'inque avec sa queue… mais pas toujours avec ses yeux.

Reste que j'étais quand même pas d'accord avec lui! Avril, c'est le début du printemps. Le printemps, c'est la saison des amours. C'est quand tout se réveille autour de nous. Par déduction mathématique primaire et mal organisée, avril, C'EST l'amour!

Avril, ça sent le soleil qui chauffe, la neige qui fond. Ça sent le spectacle de danse qui arrivait à grands pas. Ça sent la tonne de spray net sur les dizaines de bigoudis qui trônait sur ma tête pendant 12 heures, pour que je sois la plus belle. C'est le sentiment d'accomplissement, debout, au devant de la scène. Pendant que tout le monde me suivait, parce que c'était moi la meilleure.

Avril, c'est des poissons en papier collés dans le dos, des rires d’enfants et du plaisir avec pas grand chose. Nous, on était wise, on cachait des cannes de thon dans les chaussures de mon père. Pis c’était hilarant!

Avril, c'est le traditionnel brunch de Pâques avec toute la famille. C'est la chasse au trésor qui menait à notre lapin en chocolat qu'on avait le droit de bouffer au déjeuner. C’est les courses dans la maison, en pieds de bas, pour rattraper mon frère qui m’avait volé un œil en bonbon. C'est les matins d'excursion, avec la gang de l'université, à aller cueillir l'eau de Pâques dans le petit ruisseau à côté du chalet.

Avril, c’est une journée un peu dernière minute à la cabane à sucre, avec les amis et leurs kids. Parce qu’on est rendus là.

Avril, c'est profiter des premiers rayons du soleil sur une terrasse dans le Vieux-Terrebonne, avec nos manteaux de printemps, nos lunettes de soleil, une bière et un nachos. C'est regarder les gens passer, sourire et être heureux!

Avril, c'est l'anniversaire de ma cousine, de mon cousin, de ma tante, de 35 de mes amis Facebook et de cinq de mes vrais amis.


Avril…
Avril.
Avril, c'est aussi ton anniversaire.


C'est le coupe-vent Point Zéro bleu marine et jaune moutarde laitte trop grand que je portais à 10 ans. C'est les bottes de pluie qui restaient coincées dans la boue, à côté d'un crottin de bébé chèvre et d'un petit vomi, vestige de la cinquième tire d'érable qu'on avait d'englouti. C'est la fois où j'suis tombée dans le ravin d'eau de Pâques et que j’ai chopé une bronchite pendant un mois. C'est grand-maman qui a encore oublié mon nom pendant le brunch. C'est matante Lucie qui a encore cassé une coupe de vin, parce qu'elle avait trop bu. C'est mononc’ Louis qui en a profité pour faire des jokes déplacées. C'est les nouvelles familles pleines de bonheur qui utilisent 87% du trottoir sur la rue Cartier avec leur poussettes doubles et qui m’empêchent d’avancer à mon rythme!

Avril, c’est le dernier mois socialement acceptable pour se laisser pousser le poil sur les jambes sans avoir à se raser tous les jours. Parce qu’après il faudra « être une fille », au « complet », en permanence (d’un coup qu’on croise le prince charmant dans la rue). Jusqu’à l’automne, où l’on pourra redevenir la version pin up de Chewbacca.

Avril, analogiquement parlant, c'est baiser avec le poissonnier du quartier. C'est se gaver de petits chocolats en remerciant Jésus d'avoir souffert comme le st-ciboire pour nous.

Avril, c'est sortir et se maquiller pour avoir l'impression d'être plus belle (peinture de guerre, princesse armée). Partir à la chasse, ou plutôt, à la pêche. Pour espérer pogner un poisson (sans trop penser qu'on pourrait être le poisson d'un autre). Sortir ses atouts avant de lancer sa ligne à l'eau. S’enrouler dans celle de quelqu'un d'autre, pour essayer encore un peu plus fort d'oublier. Finir sa soirée avec un inconnu, tout juste après avoir frenché dans les toilettes (parce que sur la terrasse, tout le monde fume, pis criss, y fait encore frette).

Baiser un peu trop vite, un peu trop mal, un peu trop pas-assez-comme-j'aurais-voulu. Pis s’endormir en pleurant, en silence. Dans les bras d'un autre. En pensant à toi, qui souffle ta 30e bougie. Dans les bras d'une autre. Pis me dire « Fuck, c'est con! », pendant que mes draps aimeraient se souvenir de toi.

Ouin…
Faque…

Finalement, c'est vrai qu'avril, ça sent un peu la marde.


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