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16 mai 2014

Championne à bord

T'avais un autocollant "Bébé à bord", mais y'avait ni bébé, ni banc de bébé dans ta voiture; y'avait juste une furie au volant qui s'énervait dans le trafic matinal.

Depuis quelques minutes, tu étais devant moi, enfin, tu étais devant moi aux 30 secondes quand tu changeais nerveusement de voie en espérant que droite irait plus vite gauche irait plus vite droite irait plus vite gauche irait plus vite. Ton flasheur était évidemment en option, de même que la patience et l'intelligence, alors tu zigzaguais sans crier gare en te trouvant plus maligne que la moyenne des ours, mais au bout du compte ça faisait quand même 15 minutes que tu étais devant moi sans que j'aie eu besoin de changer de voie pour te suivre dans ton grand prix de formule nulle.

Tu devrais peut-être changer de tactique. Just saying.

À un feu rouge, le plus important pour toi était d'être le moins longtemps possible sur les breaks, alors tu ralentissais soudainement bien loin de la voiture qui te précède pour être certaine de pouvoir avancer un petit peu, tout le temps, pendant les 120 secondes de rouge, tsé jusqu'à embarquer dans le coffre arrière du malchanceux devant toi pour pouvoir redémarrer dans son cul en soupirant ta vie. À une lumière, le gars en avant a pris deux bonnes secondes au feu vert avant de redémarrer, alors tu l'as klaxonné, non mais quel abruti aveugle sans-dessein endormi qui comprend pas le vrai monde pressé. Tes bras s'énervaient en grands gestes violents pis dans ma tête tu écoutais du Marc Dupré dans ton char de l'année rouge vin. On a fait Charlesbourg-Neufchâtel en 25 minutes, à peu près 5 de plus qu'à l'habitude, moi peinarde et toi en crise d'hystérie, pis tu t'es parquée dans le même stationnement que moi, et là j'étais vraiment trop heureuse de pouvoir te regarder avec les yeux les plus méprisants de l'univers.

Je me suis retenue à dix mains de ne pas te suggérer de changer ton autocollant pour "Championne à bord".


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9 mai 2012

Voir rouge

Je suis chanceuse, parfois. Je tète des lifts à mes collègues et certains, magnanimes et généreux, acceptent de m'en donner à des heures pas possibles le matin.

Le téléphone sonne, mon collègue jeune et branché me dit qu'il est arrivé devant chez moi, alors je prends mes affaires et je sors. Comme je porte une robe et des bottes à talons hauts, je fais très attention dans l'escalier en colimaçon pour ne pas me planter comme une belle nouille drette en face de mon collègue jeune et branché, qui ne manquerait certainement pas de raconter l'histoire à toute l'école. Pas question que je perde la face.

J'arrive donc, après plusieurs minutes de descente, au bas des marches saine et sauve, et fière. Je vois de l'autre côté de la rue une voiture rouge en marche, alors je me dirige vers cette voiture, qui recule un peu puis s'avance à ma hauteur. J'ouvre la porte : ça n'est PAS mon collègue jeune et branché, mais bien un voisin cute à mort qui me regarde avec une face de "T'as pas pris ta médication ce matin?".

Du coin de l'oeil, je remarque alors, drette devant ma porte, une voiture rouge identique avec à son bord un collègue jeune et branché et crampé en deux.

Bon matin.


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26 mars 2012

L'anniversaire

Dans ma tête, c'est un titre de film d'horreur.

Donc, il y a quelques semaines, c'était l'anniversaire de ma petite soeur, qui a fêté son quart de siècle. Dans l'imagination populaire, je suppose que la scène qui apparaîtrait normalement serait un surprise-party avec mille invités pis beaucoup de boisson.

Ma soeur, elle, préfère partir avec sa vieille soeur faire un tour de char tard le soir dans Sherbrooke en écoutant (...criant) du vieux Céline Dion pis en se bourrant de chips.

On se promène donc proche du bois Beckett en regardant les grosses baraques quand on arrive près d'un nouveau développement. Entre le vieux développement et le nouveau, il y a quelques mètres de route terreuse dans le bois, sans lampadaires. On trouve le petit bout de route vraiment long, soudainement. Au milieu de cette route, après un tournant, une vieille voiture blanche est stationnée, abandonnée, personne en vue.

On baisse le son de Céline, on ralentit, on regarde autour de nous... on commence à se conter des peurs. Ma soeur semi-panique et accélère pour retourner dans les rassurantes lueurs des lampadaires, et là on se met à rire en se trouvant conne de stresser à rien dans le noir.

Mais ça fait pas 30 secondes qu'on rit que la voiture blanche est derrière nous avec ses phares super lumineux à nous suivre presque dans le cul à chaque coin de rue qu'on tourne. Euh. Là ça y est, on est convaincues qu'on a vu quelqu'un aller garrocher un corps dans la forêt et qu'il croit qu'on détient des informations importantes et qu'il nous suit pour nous tuer, c'est clair!

Ma soeur accélère pour essayer de le semer, mais la voiture blanche accélère aussi, puis ma frangine tourne dans une rue sans flasher et l'autre voiture passe tout droit. On se regarde. Céline chante toute seule. On a la chienne. La voiture ne revient pas. On a un peu moins la chienne. Il est minuit. On retourne chez ma mère. Ma soeur impose un nouveau règlement : pas le droit de dire ''voiture blanche'' parce que ça lui fout trop la chienne.

On dort là-dessus, se revoit le lendemain matin, se dit ''voiture blanche'', trouve ça vraiment moins stressant que la veille, se trouve nouille.

Bonne fête Véro :)


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3 janvier 2012

Déblanchir les artères

À Québec, on l'a pas. Déneiger les rues, on l'a trop pas.

Sorry, Régis.

Qu'est-ce qui se passe, la première journée où il neige beaucoup? Pas grand chose, il se passe une charuette au centre des rues, tellement gênée qu'elle frôle à peine le sol, laissant une bouse bois-de-tilleul profonde de 2 cm, juste assez pour scrapper davantage mes bottes pas-si-hivernales.

On se dit que c'est le 1er janvier, on est indulgent.

Qu'est-ce qui se passe, le lendemain de la première journée où il neige beaucoup? Rien. Il neige un peu plus, la charuette repasse, les voitures commencent à badtripper quand elles essaient de se déparquer du bord de la rue, pis tout le monde regarde les lumières oranges le soir venu pour savoir si elles vont flasher ou pas. Pas.

On se dit que le 2 janvier, ça doit coûter cher, des gars de la Ville.

Qu'est-ce qui se passe, le lendemain du lendemain de la première journée où il neige beaucoup? ON GÈLE. « On » genre « tout », mes doigts, tes orteils, ses crottes de nez, ces bancs de neige : des monuments de glace, des palais gelés, des châteaux forts du Moyen Âge, manne, plein de décorations pis d'affaires secrètes! Ça gèle sur le bord de la rue pis personne fait rien, les lumières oranges flashent pas, les camions sont frileux, les enfants se poussent, les vieux se pètent la rotule.

On se dit que c'est moyennement de la marde.

Ah mais non, c'est ce soir là, finalement, juste à temps pour la réouverture des banques, que ça se décide à lancer sa gang pour un grand nettoyage.

Party rock is in the streets tonight.

J'ai tellement tellement hâte de m'endormir au doux son des grattes qui s'acharnent sur du ciment blanc. Ça va tout faire en même temps en plus, question d'écoeurrer les sans-stationnement; ça peut pas se contenter d'une rue sur deux par nuit, ou bin d'un côté de la rue à la fois, bin non! Volatilisez vos chars, bande de pauvres, on passe!

:)

J'aime vraiment ça chialer comme si j'étais une automobiliste.


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