Tommy est super bon pour lire.
Tommy - Un jour avant Noël. Clémentine décore le sapin avec son papa.
Presque toujours parfait quand il lit.
Tommy - Elle a hâte que les ca-b-beaux
Mme Catherine - Oh! Est-ce que c'est un b ou un d?
Tommy, en pleurs spontanés - Oui mais je l'sais pas! Je l'sais jamais de toute façon, chu pas capable de rien, j'suis bon dans rien!
Tommy se roule en boule dans le coin de la classe. Il force très fort avec ses yeux pour avoir des larmes, il pense à des choses tristes comme si son chien mourrait, ou s'il perdait un jouet qu'il adore. Il n'aime pas que les autres amis le regardent drôlement, mais il sait que madame Catherine va le prendre en pitié et s'occuper de lui. Juste de lui, pas des autres, lui tout seul.
Mme Catherine - Tommy, tu reviens à ton bureau s'il te plaît, on continue la leçon.
Tommy, qui réussit à maintenir ses pleurs - Non, j'veux pas, chu trop fatigué!
Mme Catherine - Tommy c'est pas un choix : tu viens t'asseoir, c'est tout.
Tommy - Mais chu fatiguéééé-ééé-ééé!
Une amie de la classe - Pourquoi Tommy est toujours fatigué? Moi chu jamais fatiguée à l'école.
Un ami de la classe - On peut-tu s'asseoir par terre pour finir la lecture? Sivousplaît!!
4-5 amis - Oh oui sivouplaît!!!
Un autre ami - Moi non plus chu jamais fatigué, y fait toujours assemblant, Tommy.
Mme Catherine - Non, là chacun reste à sa place. Si Tommy veut pas continuer la lecture, on va continuer sans lui.
La lecture se poursuit. Tommy est fâché que ça continue sans lui, alors il frappe dans le calorifère, mais Mme Catherine ne le regarde pas. Il essaie de pousser un sanglot plus fort, mais ça ne marche pas non plus, y'a juste William qui se retourne pour lui dire d'arrêter de déranger.
Tommy joue un peu avec ses vers de terre en caoutchouc, ceux qu'il garde toujours dans sa poche. Il se tasse lentement, par terre. Il rampe jusqu'à son bureau. Personne ne le voit faire, il est super bon pour ramper sans se faire voir. Il s'assoit à son bureau. C'est l'heure de pratiquer les mathématiques. Il est super bon en mathématiques, bin meilleur que les autres dans la classe. Il est sûr qu'il connaît la réponse alors il lève sa main.
Tommy - Quatre!!
Mme Catherine - Non, c'est pas quatre. Mais qu'est-ce que ça pourrait bien être alors? Est-ce qu'y'a un ami qui le sait?
Tommy, en pleurs - C'est pas juste! Moi j'l'ai jamais bon, chu fâché là, tsé chu fatigué!
Et il retourne dans son coin sale, entre le bureau des feuilles brouillons et le gros calorifère. Mais il fait exprès pour accrocher le coffre à crayon de William en passant devant lui.
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Fantasmes éhontés d'une fille qui, dans la vraie vie, n'a pas de vie
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2 décembre 2010
6 octobre 2010
Une journée 2
L'autre jour, je lisais un article de l'Actualité dans une salle d'attente de l'hôpital. Ça traitait (traitement : toubidou-tsscchhh!!) de nouveaux médicaments découverts et il y avait une phrase qui ressemblait très exactement à ceci : ''Quand Novartis a annoncé les résultats des essais cliniques lors d'un congrès scientifique, des chercheurs pleuraient tellement c'était incroyable.'' Et plus loin : ''Ces trois scientifiques américains ont été récompensés pour avoir mis au point le premier traitement intelligent du cancer. Rien de moins.''
Bin j'avais la larme à l'œil. Je trouvais ça vraiment beau.
J'ai jamais été une grosse braillarde jusqu'à récemment (j'arrondis mon récemment aux 5 dernières années). On dirait que c'est venu tard, chez moi, cette envie fée-fille de fondre en larmes. J'étais beaucoup trop cool pour ça au secondaire pis au primaire, tsss...
Ce qui m'amène à vous parler de. Oui, de.
Du fait que c'était une bonne chose que j'm'y mette, au braillage, parce que ça passe bien, une fille qui pleure, non?
Avouez.
C'est comme normal, c'est dans la suite logique des choses de la vie. Devant la frustration, la déception, la tristesse, la joie, la honte, le mépris, l'indignation, le découragement, le spm : une fille, bin ça braille. Pis devant les mêmes maudites situations/émotions, un gars, ça crisse un coup de poing sur la table en disant ''câliss''.
Bête de même.
J'alterne donc entre deux états en conflit perpétuel.
D'un côté, j'ai mes journées 1 (la plupart) où je suis toute fière. J'suis fière d'être féminine, d'aimer mon Châtelaine reçu chaque mois dans ma boîte à malle (oui oui, à malle), de magasiner des nouvelles bottes cutes, de ne rien connaître en finances, d'écrire un blog girlie, de regarder la Galère, d'aimer Marie Laberge et les comédies romantiques prévisibles, de chanter du Céline à tue-tête, de vouloir des enfants pis un homme fort à mes côtés pour me soutenir, d'être à fleur de peau. Je suis toute fière.
De l'autre côté, y'a toutes ces journées 2 où je me lève avec la rage au ventre, l'indignation dans le trémolo, la honte. J'ai honte d'avoir le réflexe de demander à un gars pour poser une tablette, de ne pas faire moi-même mes impôts, d'être l'esclave de mon cache-cernes (qui, en fait, cache mon acné, que j'ai honte d'avoir encore à mon âge), de m'arranger les cheveux pendant une demi-heure, de ne pas pouvoir écrire autre chose que mes sentiments ou mes histoirettes cu-cutes qui sentent le parfum Dans un jardin à 10 km à la ronde, d'attendre papa pour réparer la plomberie sous l'évier, de voir que mon programme d'études aux perspectives d'emploi intéressantes mais sous payées est rempli de filles à 90 %, de réaliser que j'me sentirai jamais vraiment accomplie tant que j'aurai pas fait de bébés, d'encourager certains stéréotypes, d'emprunter des chemins plutôt traditionnels dans la vie alors que toutes ces femmes avant moi se sont battues pour que toutes les portes soient ouvertes. J'ai vraiment honte.
Être une fille, c'est pouvoir tout faire, mais choisir encore et toujours de ne rien faire de différent.
Être une fille, c'est ne sortir de cette zone de confort qu'une fois de temps en temps, une journée 2 parmi mille journées 1. Crisser un coup de poing sur la table. Dire ''câliss''.
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Bin j'avais la larme à l'œil. Je trouvais ça vraiment beau.
J'ai jamais été une grosse braillarde jusqu'à récemment (j'arrondis mon récemment aux 5 dernières années). On dirait que c'est venu tard, chez moi, cette envie fée-fille de fondre en larmes. J'étais beaucoup trop cool pour ça au secondaire pis au primaire, tsss...
Ce qui m'amène à vous parler de. Oui, de.
Du fait que c'était une bonne chose que j'm'y mette, au braillage, parce que ça passe bien, une fille qui pleure, non?
Avouez.
C'est comme normal, c'est dans la suite logique des choses de la vie. Devant la frustration, la déception, la tristesse, la joie, la honte, le mépris, l'indignation, le découragement, le spm : une fille, bin ça braille. Pis devant les mêmes maudites situations/émotions, un gars, ça crisse un coup de poing sur la table en disant ''câliss''.
Bête de même.
J'alterne donc entre deux états en conflit perpétuel.
D'un côté, j'ai mes journées 1 (la plupart) où je suis toute fière. J'suis fière d'être féminine, d'aimer mon Châtelaine reçu chaque mois dans ma boîte à malle (oui oui, à malle), de magasiner des nouvelles bottes cutes, de ne rien connaître en finances, d'écrire un blog girlie, de regarder la Galère, d'aimer Marie Laberge et les comédies romantiques prévisibles, de chanter du Céline à tue-tête, de vouloir des enfants pis un homme fort à mes côtés pour me soutenir, d'être à fleur de peau. Je suis toute fière.
De l'autre côté, y'a toutes ces journées 2 où je me lève avec la rage au ventre, l'indignation dans le trémolo, la honte. J'ai honte d'avoir le réflexe de demander à un gars pour poser une tablette, de ne pas faire moi-même mes impôts, d'être l'esclave de mon cache-cernes (qui, en fait, cache mon acné, que j'ai honte d'avoir encore à mon âge), de m'arranger les cheveux pendant une demi-heure, de ne pas pouvoir écrire autre chose que mes sentiments ou mes histoirettes cu-cutes qui sentent le parfum Dans un jardin à 10 km à la ronde, d'attendre papa pour réparer la plomberie sous l'évier, de voir que mon programme d'études aux perspectives d'emploi intéressantes mais sous payées est rempli de filles à 90 %, de réaliser que j'me sentirai jamais vraiment accomplie tant que j'aurai pas fait de bébés, d'encourager certains stéréotypes, d'emprunter des chemins plutôt traditionnels dans la vie alors que toutes ces femmes avant moi se sont battues pour que toutes les portes soient ouvertes. J'ai vraiment honte.
Être une fille, c'est pouvoir tout faire, mais choisir encore et toujours de ne rien faire de différent.
Être une fille, c'est ne sortir de cette zone de confort qu'une fois de temps en temps, une journée 2 parmi mille journées 1. Crisser un coup de poing sur la table. Dire ''câliss''.
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