3 janvier 2011

Objets perdus

Dring dring. Dring dring drelingling.

Employée RTC - Réseaudetransportdelacapitalebonjour?

Je - Bonjour! J'ai perdu ma passe de bus et je suis avec l'abonne-bus, comment je dois procéder?

Employée RTC - Euh... Ah, bin c'est la passe fournie par votre employeur? Pas celle d'une école là hein...

Je - Bin, non, celle de l'université.

Employée RTC - Oh...

Je - (retenant un bâtard...)

Employée RTC - Bin au fond, c'est une nouvelle carte?

Je - Nenon, j'avais ma carte à l'automne, les paiements sont settés jusqu'en avril, mais là j'ai perdu la carte alors ça m'en prendrait une nouvelle.

Employée RTC - Ah! Ok! Bin faudrait passer au centre de service en haute ville, mais ça ouvre juste à midi vu que c'est férié.

Je - Cool. Est-ce que je dois apporter quelque chose?

Employée RTC - Si vous avez votre lettre du registraire, ça serait bien. Et votre confirmation de paiement pour janvier.

Je - Parfait, autre chose?

Employée RTC - Non!

Je marche marche marche marche. Je reprends à peu près exactement la même conversation directement au comptoir de service.

Employée RTC #2 - C'est argent comptant seulement.

Je - Gnak.

Employée RTC #2 - C'est toujours le cas, Madame.

Rien d'autre à apporter mon cul. J'exécute un sourire poli, quand même. Je marche marche marche marche. Je retire. Je reviens.

Employée RTC #2 qui vient JUSTE de me servir - Je peux vous aider?

Yo, dis-moi pas que t'as eu 150 clients aujourd'hui, tu dois bin te rappeler que j'étais là il y a 15 fucking secondes!!

Je - Oui, euh, je voudrais le formulaire, euh, A-38.

Employée RTC #2 - JE VOUS AI DÉJÀ DIT QUE LE PORT EST AU BORD DE LA MER!


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2 janvier 2011

La plupart du temps

Julian n'a que cinq rendez-vous aujourd'hui, ce qui correspond plus ou moins au nombre de minutes qu'il a pu dormir pendant la nuit, s'il les assemble bout à bout. Il pense trop. Il fume trop aussi, mais c'est pour arrêter de penser, alors ça ne compte pas. Maureen et leur échec amoureux, dix années envolées, sa high school sweetheart perdue; il lui a laissé la voiture et la maison. Ça ne se compte pas.

Une belle enseigne de bois : Julian McCaddie, physiothérapeute. Il sait qu'il est un anglo riche à craquer de plus dans Régisland, l'ennemi quoi, un catalyseur de haine probablement, et il s'en moque éperdument. Il se moque de tout depuis mai. Presque.

Peu de temps (évidemment) après la rupture , il a rencontré une fille, une belle fille, brillante, sensible, drôle, charnelle, cynique, sublime. Une pure laine qui finit sa maîtrise en littérature française. Elle l'a envoûté. Il s'y est attaché. Mais elle a d'autres chats à fouetter, trop de blessures à soigner et un fantôme plein le coeur. Pire : elle a vu clair en lui. Elle ne lui répond plus depuis deux semaines même s'il la texte cinquante fois par jour. Yet, Florence coule dans ses veines quand même, et il doit être fou parce qu'il se délecte de ce supplice.

La plupart du temps.

Christine arrive vers deux heures. Il y a un mois, c'était une nouvelle cliente, des cheveux platines mais c'est une teinture, avec des lunettes de hipster sans force dedans, de belles lèvres humides qui appellent à elles tous les hommes de la planète. Un tatou de signes chinois dont tout le monde se fout près de la cheville. Ça veut sûrement dire liberté, ou peut-être amour, voyage, abandon, qui sait.

Parfaite et oubliable. Parfaite.

Son petit problème de genou ne demandait pas une grosse réadaptation, mais Julian l'a massée jusqu'au creux des cuisses dès la première rencontre et lui a donné deux rendez-vous par semaine pendant un mois. La voici donc pour clore sa journée de travail, un ''oui'' sur la liste des présences pour ce septième rendez-vous parfaitement inutile, sa silhouette menue qui se découpe sur la table de massage. Les assurances qui couvrent tout. Amen.

Le genou. Julian s'exécute, doucement. Comme d'habitude, il s'éloigne du problème, il laisse son propre souffle s'emballer parce qu'il sait qu'elle le remarquera, il sent s'enclencher en lui le mode sexe, l'envie chaude qui fait débattre son coeur, l'érection qui ne tarde pas. Il laisse sa tête lourde de fatigue et de lassitude traîner de plus en plus près de son corps à elle, si vivant.

Et lève les yeux.

Il voit la façon qu'elle a de replacer sa frange derrière son oreille. Il sait. Julian sait. Et Christine presse son gloss doucement en une moue d'enfant puis jette un regard furtif vers la porte du bureau.

''Est-ce que je suis ta dernière cliente?''

Oh la coquine.


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Les endroits cons

Ça commence par de l'anodin. Genre la bus qui arrive, fouiller dans ses poches, ne pas trouver sa passe, sacrer, payer cash son passage.

Et là.

Chercher dans les autres poches, celles de toutes les couches de vêtements, chercher dans la sacoche, une fois, deux fois, trois fois, rien trouver, refaire le tour des poches. Prier pour que la passe soit sur la table de la cuisine ou sur le plancher près de la porte. Savoir d'avance que non. Arriver à l'appartement. Voir ses craintes confirmées.

Et là.

Soudainement, devant l'inavouable, c'est comme si mon cerveau se mettait en mode méga imbécile. Et commence la tournée des endroits cons. Je suis certaine que ça vous est déjà arrivé, avec vos clés, peut-être, ou votre passe du festival d'été, ou ce papier où vous aviez noté un numéro de téléphone important, ou bref vous me suivez, on en vient systématiquement à faire la tournée des endroits cons.

Pourquoi? Je veux dire, c'est bien beau de regarder dans les poches de mon manteau de printemps porté pour la dernière fois en octobre, ou dans mon sac de maquillage, et dans la salle de bain, et dans les craques du divan, pis dans ma bibliothèque, mais je sais bien, si j'y pense froidement deux secondes, que je ne trouverai rien. Qu'elle est perdue, simplement, ma carte opus. Mais je poursuis mes recherches, je fais tous les endroits imaginables.

Du beau déni.

Tout ça pour le deuil d'un objet con. Imaginez les deuils sérieux...


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1 janvier 2011

01-01-11

Minuit.

L'heure précise à laquelle t'aurais voulu avoir un cellulaire, pour une fois, pour pouvoir tous les texter.

Tous.

Te faufiler mine de rien dans leur poche, vrrr vrrr, bonne année, je pense à toi même si j'suis loin; je pense à toi même si t'es pas venu espèce de chockeux; je pense à toi même si tu dors sûrement déjà vu que tu travailles demain; je pense à toi et je m'ennuie de nos aznavourages; je pense à toi pis j'espère que ça se passe toujours bien avec ta date; je pense à toi très fort et j'espère que t'es bien; je pense à toi, pis on le prend quand, ce café?; je pense à toi sale succube en entendant please don't stop the music; je pense à toi beaucoup trop même si toi tu veux pas de moi, grosse tête de gland;

je pense à toi et je te texte juste pour exister, soudainement, et que tu penses aussi à moi.


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30 décembre 2010

Les ongles longs

Ça part de rien. Parce qu'à la base, c'est coupé; c'est coupé à la base. Ça prend quelques jours, quand même, mais on dirait que ça se fait du jour au lendemain : c'est trop long. Les ongles longs. Plein de blanc instantané.

Au lieu de les recouper, tu les enfonces dans tes pouces. Juste un peu, une petite pression que tu répètes aux quelques secondes, de micro-incisions dans ta peau, un petit choc électrique. Ça serait facile d'arrêter et de seulement les couper, mais voilà, tu es trop occupée à les enfoncer dans ton épiderme, à jouer en dessous, ou dessus, les reculons, la peau du dedans qui s'effiloche entre tes dents, les ongles longs qui sèment le chaos. Tu les laisses faire.

Un instant pour te tanner et les couper. C'est pas tant. Mais tu le fais pas.

Tu le fais pas.


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29 décembre 2010

Vite vite en passant

Entendu au Turf (je sais, honnie sois-je que ce ne soit pas la Barberie)


Val - Tu dois être un amateur des Canadiens.

Bière - Pourquoi?

Val - Ta barbe est tricolore.

Bière - ... c'est pas vrai, mais j'te permets de le dire quand même.

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Bière - J'nous vois un peu comme la gang dans C.A.

Val - C'est quoi, moi j'suis la brunette sexy qui aime ''tricoter'' pis toi t'es l'équivalent masculin de la blonde banlieusarde avec son ptit couple plate?

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Bidou - Non mais je sais pas si la taille fait vraiment une différence...

Val - Bin... Disons qu'y'a quand même moyen de moyenner quand t'es moyen.


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26 décembre 2010

Le Godhue Show

Des niaiseries dignes de mention, y s'en dit aussi dans les meilleures familles. Bin voici ce qui se dit dans les pires ;)

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Vé - On n'a pas besoin de se faire donner la bénédiction, on est les Godhue, God-you... Oh, y manque juste le bless entre les deux!


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Mononk Singe - J'louche.
Je - Non, t'es juste louche.

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Couz - Ok, c'est simple grand-maman, tu prends le dernier mot que j'ai dit pis tu commences une phrase avec ce même mot-là. C'tu bon?
Gr-mom - Oui.
Couz - Ok. Je trouve que l'hiver est une belle saison.
Gr-mom - Ok, saison, saison... Je fais du ski pendant cette saison.
Tous - Non!!

Quelques minutes plus tard...

Step-mom - Sauver, sauver... Sauvez la planète.
Couz - Planète, eum... Planète Terre : quel bel endroit pour vivre.
Gr-mom - Vivre, vivre... Attends, j'vas trouver... vivre... Moi je voudrais vivre longtemps.
Tous - Non!!

Pas mal plus tard...

Step-mom - Il... Il a acheté du poulet quand même.
Couz - Même, même... Même grand-maman a enfin compris le jeu!
Gr-mom - Le jeu, le jeu... Moi j'aime ça quand on joue à des jeux.

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Gr-mom - You came alone?
Je - Oui, bin, c'est terminé...
Gr-mom - Oh single, already? Didn't last long...


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23 décembre 2010

Leçon de vie

Il fait BEAU pis l'hiver est BLANC pis c'est l'FUN.

Trop joyeuse, je marche dans le lit mou mou et j'ai comme une envie de jaser. Dans un long long escalier, je vois une dame assez âgée merci qui descend lentement, marche par marche, en tassant la neige avec ses pieds (au lieu d'y aller avec une pelle).

Je - J'adore votre technique!

Dame - Ah tsé, en vieillissant, on se rend compte qu'on perd beaucoup de temps à vouloir faire les choses comme tout le monde... Joyeuses Fêtes!

Wow... merci, Madame!


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22 décembre 2010

Boom-boom, pow-pow, tchike-tchike, wow-wow!

Avant, s'habiller pour la Naelle, ça voulait dire mettre une robe souvent un peu trop flash avec des grosses fleurs dessus pis des boucles à n'en plus finir. Jouer au barman en coulant des verres de jus de pêche dans le minibar de chez grand-maman.

Après, c'est devenu un casse-tête à savoir quel est mon t-shirt préféré pour avoir l'air d'une ado cool qui se fout pas mal de se mettre en robe pour voir ses grands-parents. Refuser tout sauf peut-être le verre de vin proposé pendant le souper du réveillon.

À un moment donné, c'était même le festival du confort, genre jeans is the new dress. Regarder le bye-bye de RBO.

Pis pouf, un matin, tu stalkes les photos des partys de bureau de tes amis facebook pis tu réalises que la robe un peu trop flash avec des boucles est revenue dans le décor. Jouer avec le barman en calant des verres de schnaps aux pêches.


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20 décembre 2010

Poudrerie

Sur cette rue-là, je traverse vis-à-vis le bloc bleu. J'ai pas tellement de raison, ça n'a rien de plus optimal que de traverser au coin de la rue, ou devant n'importe quelle autre bâtisse, mais c'est là que je traverse. Le banc de neige le sait, il garde ma trace, mon spot de passage juste à moi.

Toi, ça t'énervait que je traverse toujours aux mêmes endroits quand on prenait des marches, tu pognais les nerfs. Tu restais de l'autre côté de la rue pis tu boudais. Asti de con.

La neige jaune sur le côté des trottoirs me détaille les allées et venues des principaux habitants du quartier des chats. On voit les pas, aussi, les traces distinctes : chat, chix, enfant, chat, chat, raton?, chat, homme, chix, chat. Un botch encore fumant. Des fois, y'a comme des mottons rose-beige-orange qui s'imposent sur mon chemin, glacés, pas homogènes, louches, alors je les contourne. Too much information. La neige, c'est trop immaculé, ça trahit tout. Comme si un bar crade et toujours bondé faisait poser de la moquette blanche mur à mur. Juste non. Donnez-nous une chance!

C'est glissant. Les voitures ont de la misère à arrêter aux lumières, alors je ne traverse pas même si j'ai mon bonhomme. J'attends que plus rien ne bouge. J'enlève mes écouteurs, j'écoute le bruit du dérapage. Droite, gauche, droite; je remets mes écouteurs et j'avance de deux pas en reculant de un en sacrant.

Ça fait un an demain que t'es mort pis je suis encore frue. Va chier.


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